Château Tujean

Historique 

La matrice cadastrale (datée de 1845) mentionne pour la parcelle correspondant à la demeure de Tujean : « Maison, construction nouvelle achevée en 1868 ». Cela au nom de Bertrand Caussade dont les initiales figurent sur la façade postérieure, dans le fronton cintré qui surmonte la lucarne. É. Guillon confirme : « Le Tujean, petit château construit il y a quelques années par M. Caussade, se composant d'un corps de logis à deux étages, flanqué de deux pavillons recouverts d'ardoises ».

Description : situation et composition : entre la route de Pauillac et la départementale 108, le domaine de Tujean jouxte le domaine de Saint-Ahon au nord, et celui de Maurian au sud. La demeure est agrémentée, vers l’est, d’un bassin et d’un vaste parc.

Matériaux et leur mise en œuvre : pierres de taille pour les murs, et ardoises pour les toitures.

La demeure

A- Parti général : corps de bâtiment rectangulaire flanqué de deux tours carrées sur la face ouest.

B- Elévations extérieures: 

Façade antérieure: cette façade est orientée vers l'ouest. Le pavillon central comprend trois travées. La porte d'entrée est inscrite dans un chambranle mouluré cintré, avec de part et d'autre une baie cintrée sans chambranle. Le premier niveau de la façade porte un décor de bossage continu peu saillant. Il est séparé du deuxième niveau par un bandeau horizontal. Trois fenêtres, soulignées par un appui, éclairent ce deuxième niveau. Une lucarne, avec des ailerons à volutes et un fronton cintré contenant les initiales « BC », couronne la travée centrale de ce pavillon. Les tours hors-œuvre s'élèvent sur deux niveaux séparés par le même bandeau horizontal qui court sur le corps principal.

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Façade postérieure : la façade sur le parc répond, sans les tours, à la même description que la façade antérieure.

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Fig-4-facade-posterieure

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Combles et couvertures : le pavillon central est couvert d'un toit en pavillon brisé, les ailes par un toit à deux versants avec croupes, et les tours par des toits polygonaux. Les conduits des cheminées sont plats, portant un décor de table, et sont surmontés d'un couronnement cintré, enfermant un élément décoratif en forme d'éventail. Ce couronnement cintré est ouvert par une fente pour laisser sortir la fumée.

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Note de synthèse : Bertrand Caussade (1796-1879) est le fils de Pierre Caussade, à l'origine d'une véritable dynastie de chirurgiens et de médecins qui exercèrent surtout à l'hôpital Saint-André à Bordeaux, depuis la fin du XVIIIe siècle, jusqu'à la fin du XIXe siècle.

C'est certainement pour Bertrand Caussade qu'a été bâti le château Tujean. La construction est parfaitement homogène, elle ne présente pas de traces d'édifices antérieurs, ou de transformations. L'ensemble serait un peu massif si certains éléments décoratifs, comme les chaînes d'angles, les volutes des lucarnes, la partie supérieure des conduits de cheminées, n'apportaient quelque agrément à des façades et à une toiture que le concepteur n'a voulu que modestement ornées.

Source : Châteaux et maisons de campagne de Blanquefort, mémoire de maitrise de Bertrand Charneau, Université de Bordeaux III, 1984.

 

Autres sources  

Ce lieu connu en 1544 sous le nom de Tuyan ou de Tucjean pouvait désigner un endroit qui surplombait la zone marécageuse environnante, le « tuc » étant une éminence en gascon. Cette chartreuse aurait été édifiée en 1795 pour le docteur Caussade de la dynastie de chirurgiens de l’hôpital Saint-André de Bordeaux, puis rehaussée en 1870 par l’adjonction d’un étage et de deux tourelles d’angle, édifice très élégant ; il est recouvert d’ardoises, qui tranchent avec la blancheur de ses murailles. C’est un édifice très élégant.

Il appartint ensuite à la famille Lançon. L’ensemble de la propriété sur ses quatre faces était planté en vin rouge et produisait un vin rouge de bonne qualité (15 à 20 tonneaux). Elle était agrémentée d’une pièce d’eau entourée de jardins à la française.

Le château Tujean abrite aujourd’hui un institut médico-pédagogique.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les autorités allemandes en font, en 1941, le siège de la Standortkommandantur de Blanquefort. Le confort du château est précaire. À l’occasion d’une réclamation pour le calcul des indemnisations, M. de Montbel, propriétaire du château Fleurennes, signale en avril 1941 que « Mme veuve Dubucq, du château Tujean, pour une réquisition équivalente comme nombre de pièces et nombre d’occupants, et pour un château moins moderne et n’ayant pas le chauffage central, ni salle de bains, touche une indemnité plus importante ».

Le pavillon mitoyen est aménagé en central téléphonique de la Standortkommandantur. Un soldat allemand se tient en permanence dans ce central. Un incendie éclate dans le hangar distant de 50 mètres au nord du château : charrettes, pressoir, pompe à vin, 500 bottes de paille, fouloir partent en fumée. En janvier 1943, le château est occupé par l’Organisation Todt. La formation 43 830, cantonnée aux châteaux Tujean, Lansalot et Cambon, quitte brusquement la commune, le soir du 9 novembre 1943. Un seul civil français a habité les dépendances du château pendant toute la guerre. L’ensemble des frais de travaux réalisés se monte à 470 156 F. À la libération, ce château a été occupé par les FFI qui ont continué les dégradations et le pillage.

Bibliographie du château de Tujean :

- Archives municipales,
- Edouard Guillon, Des châteaux historiques et vinicoles de la Gironde, Bordeaux, 1867, p.37,
- Raymond Valet, Feuillets d’une mémoire, G.A.H.BLE, 1984, p.43,
  Blanquefort, rues et lieux-dits, Publications du G.A.H.BLE, 1996, p.120,
- Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Années sombres à Blanquefort et dans ses environs 1939-1945, Publications du G.A.H.BLE, 2009, p.242.

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