Témoignage sur le Père Jean-Claude Sorin
En 1971, quatre Pères de la communauté des Saint-Augustins (ordre des chanoines de Latran) arrivent dans le diocèse de Bordeaux. Deux sont nommés en paroisse ; les Pères Benoît et Édouard. Le Père Michel, alors étudiant en psychologie, apportera son aide pour le service paroissial le week-end. Le Père Jean-Claude est nommé aumônier des jeunes au lycée agricole de Blanquefort. Par la suite, il collaborera avec le curé Brousse et le Père Beysselance à la paroisse de Blanquefort. La communauté des quatre Pères de Saint Augustin résidera, par la suite, au presbytère de Caychac.
Le Père Jean-Claude alors âgé de 31 ans restera à Blanquefort avant de rejoindre la paroisse d'Eysines où il est aujourd'hui retraité.
Parmi les missions accomplies et les liens tissés au cours de ces années, le Père Jean-Claude laisse notamment le souvenir indélébile des camps de Saint-Géraud-de-Corps.
Il en fut l'initiateur et l'organisateur pendant de nombreuses années, avec le soutien de laïques compétents et l'engagement de bénévoles, ainsi que le soutien de l'association ABLOC en charge de la gestion financière.
L'association des Bluets, reconnue association en 1908 et qui portait le nom de « Patronage des Bluets » disposait de deux salles, le Grand cercle et le Petit cercle où les jeunes se réunissaient et partageaient des activités dans le but de créer des liens d'amitié et de solidarité. Avec les aléas de l'histoire, ce patronage connut des temps difficiles mais aussi des périodes remarquables : cinéma, théâtre, sport, sorties, camps... Sur le plan paroissial, la société civile de patronage, propriétaire du Petit Cercle, se transformait en 1974 en association Loi 1901 et prit le nom d'association ABLOC (Association Blanquefortaise Loisir et Culture). La vente du Petit Cercle permit l'achat de la propriété « Le Pigeonnier » à Saint-Géraud-de-Corps en Dordogne.
C'est de cette époque dont nous pouvons témoigner, nous, les membres d'un des « groupes » de jeunes formé sous l’impulsion du Père Jean-Claude.
Nous nous étions rencontrés sur les bancs du catéchisme, de l'école communale de Blanquefort ou Caychac, au collège et certains pendant les camps d'Estaing. Nous devenions adolescents.
Dans les années 1974-1975, le Père Jean-Claude mit à notre disposition un ancien bureau du presbytère de Blanquefort, donnant sur la cour des salles paroissiales. C'était « la salle », notre salle, le lieu de nos réunions, notre point de ralliement. Le Père Jean-Claude nous laissa l'aménager selon notre envie. Il y avait des règles bien sûr mais nous en disposions avec beaucoup de liberté.
Ce lieu fut notre première responsabilité commune.
Dans ce cadre, des liens forts se sont tissés, entre les membres du groupe et avec le Père Jean-Claude. Très rapidement nous avons délaissé le vouvoiement ; nous l'appelions Jean-Claude comme un frère, un ami, un proche. L'amitié y a grandi naturellement, nourrie par les moments partagés, les projets communs et les expériences vécues.
Le groupe fut le premier à accompagner et animer les camps de Saint-Géraud.
Ces camps qui mobilisaient beaucoup d'énergie et de bonnes volontés, faisaient la joie de tous, petits et grands. Ils avaient une vocation éducative chrétienne bien sûr mais plus simplement une dimension sociale et humaine. Ils étaient l'occasion de vacances pour ceux qui n'avaient pas la chance de partir, un moyen de rompre l'isolement, une expérience de vie en groupe, un temps de gaieté et d'amitié pour tous. Un moment privilégié qui marque encore l'esprit des participants de l'époque.
Les camps étaient placés sous l'autorité du Père Jean-Claude. Sous sa responsabilité plutôt car Jean-Claude avait toujours le ton juste. Sa force tenait dans un mélange d'autorité discrète, d'écoute et beaucoup d'humour ; un guide fédérateur et dynamique qui nous accompagnait sans imposer.
Il nous a appris concrètement, par l'action commune, ce que signifiait s'engager, donner de son temps. Il nous a transmis à travers ces activités, des valeurs dont le sens du dialogue, des autres et des responsabilités.
Nous n'avions pas pleinement conscience de ces choses à l'époque. Nous étions surtout portés par notre amitié, notre enthousiasme et la présence de Jean-Claude. Notre expérience de groupe et ces camps contribuaient pourtant à notre construction d'adulte. Il en fut l'un des piliers. Nous lui en sommes tous reconnaissants.
En octobre 2024, nous nous sommes réunis à nouveau, sans nous être revus certains depuis plus de quarante ans. Nous restons en contact depuis. Jean-Claude partage à distance nos retrouvailles avec sa bienveillance et son humour habituels. C'est dire la force des liens qu'il a su créer entre nous et l'empreinte qu'il laisse aujourd'hui encore dans les esprits.
Nous n'en sommes qu'un exemple.
Texte de Gérard Garcia